Températures

Les quelques 130 années de données météorologiques planétaires indiquent un réchauffement important (0,75°C), qui s’accélère depuis les années 1970.

en savoir + Imprimer (PDF)

Températures du globe

Températures du globe La température du globe connaît une première montée d’environ 1910 à 1940. Cette phase est suivie par un léger refroidissement d’une trentaine d’années, puis par une montée rapide depuis les années 1970 à aujourd’hui. La montée totale au cours du XXe siècle est ...

Liste des modules associés

Températures

Les scientifiques ont désormais une idée très précise de la façon dont les températures ont évolué sur notre planète depuis le début de l’ère instrumentale, c'est-à-dire depuis la mise en place de réseaux de stations météo à la fin du XIXe siècle. Après une phase sans direction claire, l’on assiste à une première montée de la température du globe d’environ 1910 à 1940. Cette phase est suivie par un léger refroidissement d’une trentaine d’années, puis par une montée rapide depuis les années 1970 à aujourd’hui. La montée totale au cours du XXe siècle aura été d’environ 0,75°C, mais depuis les années 1970 l’ascension a été d’environ 0,55°C. Ces chiffres d’apparence faible témoignent en réalité de changements significatifs dans le système climatique, plutôt stable naturellement à l’échelle planétaire – du moins à ces échelles de temps. Ils portent la température globale actuelle à un niveau jamais atteint depuis plus de 1300 ans.

Ce réchauffement a en outre deux caractéristiques importantes. Au plan géographique, il est plus important sur les continents, et il se manifeste plus fortement aux latitudes élevées, en particulier dans l’hémisphère nord. Au plan de sa structure verticale, le réchauffement est observé près de la surface et dans la troposphère (couche basse de l’atmosphère, entre le sol et 12km d’altitude en moyenne). La stratosphère (12 à 50 km) s’est quant à elle refroidie.

Ces deux caractéristiques du réchauffement global du dernier demi-siècle plaident fortement pour l’attribuer aux gaz à effet de serre émis par l’homme – des gaz dont les concentrations atmosphériques se sont fortement élevées durant cette période. Pourquoi ? D’abord parce que leur effet est proportionnellement plus sensible aux hautes latitudes, où l’eau – principal agent de l’effet de serre naturel – est plus rare. Et ensuite car l’effet de serre est alimenté « par le bas », puisqu’il intercepte le rayonnement infrarouge en provenance du sol. Cet effet explique donc bien le réchauffement des basses couches. Si le réchauffement provenait d’un surcroît de rayonnement solaire (principalement constitué de lumière visible), il toucherait l’ensemble des couches de l’atmosphère, à l’inverse de ce que l’on observe.

 

Pour en savoir plus

La quasi certitude que le réchauffement récent est principalement dû aux activités humaines n’empêche pas les scientifiques d’être encore loin d’avoir résolu toutes les énigmes liées aux températures du globe. Il faut noter d’ailleurs que la reconstitution des températures passées est un exercice complexe, qui soulève de plus en plus de difficultés à mesure que l’on s’éloigne du présent. Le principe de base consiste à homogénéiser les différentes données disponibles, afin de rendre comparables des mesures qui ont été faites à différentes périodes, avec des instruments différents, des protocoles de mesure différents, en différents sites, etc. La correction a posteriori de ces inhomogénéités de mesure constitue un travail considérable mais indispensable à la reconstruction de la température moyenne globale. Ce travail est généralement mené sur un réseau de « mailles », c'est-à-dire des carrés ou des rectangles de petite taille par rapport à la planète, sur lesquelles on évalue une température moyenne… Avant de faire la moyenne des mailles.

Les reconstructions sont donc communiquées avec une marge d’erreur, marge qui se réduit à mesure que l’époque se rapproche de l’actuel. D’autre part, depuis les années 1970, d’autres mesures de températures sont également fournies à l’échelon global par les satellites. Il n’en reste pas moins que les différentes reconstructions (il en existe au moins trois principales) effectuées par des laboratoires indépendants s’avèrent extrêmement proches les unes des autres, ne différant généralement que de quelques centièmes de degrés pour une année donnée. Même les reconstructions plus anciennes, plus incertaines car basées non pas sur des mesures mais des indicateurs naturels comme les cernes des arbres, montrent un parallélisme frappant sur les deux derniers millénaires. En dépit de leurs différences elles suggèrent toutes que la dernière période chaude, dite « optimum médiéval » (Xe au XIIe siècle environ), fut moins chaude que l’actuel.

Une autre difficulté à laquelle sont confrontés les chercheurs est l’explication du léger refroidissement de deux ou trois décennies observé après 1940. Sans doute plusieurs facteurs se sont-ils combinés pour produire ce phénomène. Certains mécanismes naturels, tout d’abord, ont contribué au réchauffement du début du siècle : relative rareté des grandes éruptions volcaniques (dont l’effet est refroidissant) entre 1910 et 1960, tendance à l’augmentation de l’activité solaire, et donc de l’énergie reçue par la planète. L’augmentation relativement rapide des émissions d’aérosols anthropiques (particules produites par les activités humaines, à l’effet refroidissant) après-guerre a quant à elle contribué à masquer le réchauffement dû aux gaz à effet de serre. Par ailleurs le climat présente une variabilité naturelle, avec des oscillations plus ou moins aléatoires, qui pourraient aussi concourir à l’explication. Enfin, une petite partie du phénomène pourrait être liée à un défaut des observations elles-mêmes, certains chercheurs ayant mis en évidence un biais dans les séries de températures océaniques antérieures à 1945, dû à un changement d’instruments incorrectement pris en compte – une équipe travaille actuellement à réévaluer ces températures.

Il a été ces derniers temps affirmé, notamment dans la blogosphère, que les températures auraient cessé d’augmenter depuis 1998. Cette affirmation se fonde sur une incompréhension de la nature même de la climatologie, dont l’objectif est de discerner des tendances dans un système qui change en permanence. En effet même un climat stable connaît des variations permanentes, que seuls les traitements statistiques permettent de différencier de changements plus profonds. Or la variabilité naturelle des températures globales (pourtant beaucoup plus faible que celle des températures locales) est telle qu’elle domine, sur des périodes inférieures à une quinzaine d’année, la tendance au réchauffement actuel. Aucune inversion de tendance ne peut donc être déduite des 12 dernières années – d’autant que la dernière décennie a été la plus chaude des archives de température, et que 2010 est même considérée par l’Organisation Météorologique Mondiale comme l’année la plus chaude, devant 2005, elle-même devant 1998.

Référent scientifique

Aurélien Ribes,

Chercheur au CNRM-GAME (Centre National de Recherches Météorologiques - Groupe d’études de l’Atmosphère Météorologique).

Liens