Neiges et glaces

La régression des glaces sera généralisée au cours du XXIe siècle, particulièrement dans l’hémisphère nord. Selon de nombreux spécialistes, la banquise arctique pourrait disparaître d’ici quelques décennies.

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Evolution de la banquise

Evolution de la banquise La banquise est définie par l'existence de plus de 15% de glace en surface. La régression des deux banquises (arctique et antarctique) est simulée par tous les modèles.

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Neiges et glaces

Si, dans un monde qui se réchauffe, l’ensemble des neiges et glaces de la planète, ce que l’on appelle la cryosphère, est appelé à régresser, cette régression sera sensiblement différente selon les lieux et les systèmes considérés. Reste que pour beaucoup de compartiments de la cryosphère, les modélisations sont encore loin d’être satisfaisantes, ce qui est notamment attesté par le fait que les dernières années n’ont pas été avares de surprises.

L’une des plus importantes a été la réduction bien plus rapide qu’escomptée de la banquise arctique. Cette évolution, particulièrement sur la dernière décennie, a surpassé les modélisations les plus pessimistes. Selon le dernier rapport du GIEC (2007), la moitié de la vingtaine de modèles climatiques ayant calculé l’évolution future du climat maintenait la banquise estivale en Arctique à la fin du XXIe siècle. Or, au vu de sa régression galopante, beaucoup de spécialistes prévoient désormais cette disparition dans les deux ou trois prochaines décennies, ce qui est désormais confirmé par certains modèles. Il faut dire que dans l’Arctique, la hausse des températures devrait osciller, selon les modèles, entre 1,5 et 4,5 fois le chiffre moyen pour la planète. La banquise hivernale continuera, elle, à se former durant la nuit polaire – mais elle sera beaucoup plus fine, puisqu’il ne s’agira que de glace de l’année. Et moins étendue.

La banquise Antarctique (qui, contrairement à son homologue Arctique, est une formation essentiellement saisonnière) déjoue elle aussi les prévisions, puisqu’elle a connu une très légère progression en hiver au cours des dernières années. D’une part, cette région reste relativement épargnée par le réchauffement climatique en cours, cela en raison de l’importante inertie thermique des mers australes, qui se réchauffent lentement. D’autre part, les faibles niveaux d’ozone stratosphériques actuellement observés au-dessus de l’Antarctique induisent une modification des vents qui tendent à repousser légèrement le bord de glace vers le Nord. Or ce trou d’ozone va très probablement se combler progressivement au cours du 21ème siècle, limitant ce phénomène d’expansion de la banquise Antarctique. Dans le même temps, les modèles climatiques actuels simulent un faible réchauffement des mers australes par comparaison au réchauffement moyen de la planète. Comme en Arctique, cela devrait entraîner une régression  de la banquise.

En ce qui concerne les calottes polaires groenlandaises et antarctiques, leur bilan de masse de surface (fonte contre précipitations) à l’horizon 2100 évoluera dans des directions opposées, disent les projections. Le réchauffement plus important dans l’hémisphère nord accélèrera la fonte au Groenland. Par contre la modeste hausse des températures attendue en Antarctique ne renforcera que marginalement cette fonte, essentiellement côtière  – mais elle accroîtra sensiblement les chutes de neige sur le continent, ce qui augmentera au final l’accumulation. Bilan ? Le Groenland à l’horizon 2100 pourrait ajouter 1,8mm/an au niveau marin, tandis que l’Antarctique retirerait 1,2mm.

Le problème étant que, par delà le bilan fonte contre précipitations, un autre facteur influe sur les calottes polaires : l’évolution de la perte de glace par écoulement des glaciers côtiers. Ce phénomène, dont on ne mesure l’importance seulement depuis 4-5 ans, n’est pas encore suffisamment bien compris pour être modélisé. A l’évidence, certains glaciers accélèrent au Groenland comme en Antarctique depuis quelques années, d’autres ralentissent, mais il est encore impossible de dire comment ce phénomène évoluera – ce qui laisse subsister un point d’interrogation majeur sur l’avenir des calottes polaires et donc sur celui du niveau marin global.

Enfin, la perte de glace des glaciers et petites calottes glaciaires a fait elle aussi l’objet de modélisations afin de simuler leur évolution en réponse aux changements attendus des températures et précipitations. Selon les derniers travaux publiés, à l’horizon 2100, 20% environ du volume glaciaire aura disparu. Mais cette fonte se répartit inégalement selon les régions : l’Himalaya serait la moins touchée, avec environ 10% de pertes, tandis que l’Europe occidentale serait une des plus affectées, la fonte y atteignant 75% (le Caucase et la Nouvelle-Zélande seront aussi très touchés). La taille des glaciers a également son importance, les plus petits étant les plus vulnérables : la moitié des glaciers de moins de 5 km² devrait disparaître au cours du XXIe siècle.

Référent scientifique

David Salas y Melia,
Chercheur au CNRM-GAME (Centre National de Recherches Météorologiques - Groupe d’études de l’Atmosphère Météorologique).