Températures

Le réchauffement devrait continuer sur sa pente actuelle durant deux décennies, avant d’accélérer en fonction de nos émissions. Les régions arctiques et les continents se réchaufferont plus que la moyenne globale.

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Température moyenne globale jusqu’en 2100

Température moyenne globale jusqu’en 2100   Projection de la température à la surface de la Terre selon plusieurs scénarios d'usage des énergies fossiles, de l'utilisation des terres, de l'évolution de la demande énergétique...

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Températures

Concernant les températures, les modèles de circulation générale (GCM en anglais), qui permettent de simuler le climat de la planète entière, et dont le nombre dépasse désormais la vingtaine, sont en fort accord les uns avec les autres – ce qui suggère une bonne fiabilité.

Pour les vingt ans à venir, les modèles actuels prévoient un accroissement de 0,2°C par décennie en moyenne globale, et ceci quasiment indépendamment du scénario d’émissions. Au-delà de cette période, une différenciation croissante s’opère selon les scénarios, aboutissant à la fin du siècle à des écarts considérables. Le scénario le moins émetteur en gaz à effet de serre, dit B1, entraîne ainsi un réchauffement de 1,8°C au cours de la période 2090-2099, par rapport à la période de référence 1980-1999 (en moyenne pour l’ensemble des modèles, la fourchette d’incertitude étant évaluée entre 1,1°C et 2,9°C). Ce chiffre peu paraître faible compte tenu des variations observées de température d’un jour sur l’autre, mais il est en réalité déjà considérable lorsqu’il s’agit de la température moyenne planétaire. A titre de comparaison, l’écart de température moyenne globale entre la dernière ère glaciaire (il y a environs 20.000 ans) et la période actuelle (interglaciaire), est d’environs 5°C ; l’essentiel de l’Europe du Nord était alors recouvert d’une calotte glaciaire similaire à celle qui couvre aujourd’hui le Groenland. Mais surtout, ce chiffre de 1,8°C supplémentaire en un siècle indique un rythme de changement très inhabituel pour la planète. Pour poursuivre la même comparaison, la transition glaciaire – interglaciaire se déroule sur une durée de l’ordre de 10.000 ans. Ce chiffre de 1,8°C mérite également d’être comparé  aux 4°C de réchauffement (la plage d’incertitude allant de 2.4°C à 6.4°C) associés au scénario le plus émetteur, dit A1FI (FI pour « Fuel Intensive », autrement dit intensif en combustibles fossiles) !

Dans cette gamme de valeurs possibles, l’incertitude sur l’élévation de la température à scénario donné, liée à notre compréhension partielle du système climatique, correspond à 2,5°C, et ceci pour tous les scénarios. Cette incertitude est comparable à l’incertitude liée au choix du scénario d’émissions, qui est légèrement supérieure à  2°C. On peut noter que le haut de la fourchette pour le scénario A1FI se situe ainsi à 6,4°C, et dépasse cette fois-ci sensiblement les 5°C qui nous séparent de la dernière période glaciaire, pour un rythme de changement très différents.

La distribution spatiale du réchauffement prévue par les modèles est également très homogène. D’une façon générale, le réchauffement est plus important sur continents que sur océan, et plus marqué dans les hautes latitudes de l’hémisphère nord que dans les tropiques et les océans de l’hémisphère sud. L’accentuation du réchauffement dans l’arctique est particulièrement marquée et s’explique principalement par deux phénomènes. D’une part, de la surface couverte de neige ou de banquise, qui réfléchit largement les rayons du soleil, diminue fortement. D’autre part, l’atmosphère est relativement pauvre en vapeur d’eau, la vapeur d’eau étant un gaz à effet de serre puissant. L’enrichissement de l’atmosphère en autres gaz à effet de serre joue donc un rôle proportionnellement plus important.

Au final, ce gradient de réchauffement entre équateur et pôle fait que les continents des moyennes latitudes de l’hémisphère nord (entre 30°N et 60°N) se réchauffent en moyenne 50% de plus que la moyenne globale, tandis que la zone arctique, océan compris, se réchauffe environs deux fois plus que la moyenne planétaire, et ceci grosso modo quel que soit le scénario. La France, dont le climat est sensiblement influencé par l’océan Atlantique, se réchauffe également plutôt plus que la moyenne planétaire, mais moins que la moyenne des continents de même latitude ( soit environs 20-30% de plus que la moyenne planétaire, mais ce chiffre cache des disparités importantes d’un modèle à l’autre).

On notera enfin que s’il est d’usage d’arrêter les projections à l’année 2100, un horizon de près d’un siècle étant déjà difficile à manipuler pour la prise de décision politique et économique. Cependant, même si les émissions de gaz à effet de serre s’arrêtent à cette échéance, le réchauffement, lui, ne s’arrêtera pas instantanément, du fait de l’inertie de certaines composantes du système climatique, en particulier l’océan et les calottes glaciaires.  La hausse de la température devrait ainsi se poursuivre quelques siècles, et, par exemple, atteindre en 2300 une valeur environ 30% supérieure à celle atteinte en 2100.

Référent scientifique

Aurélien Ribes,

Chercheur au CNRM-GAME (Centre National de Recherches Météorologiques - Groupe d’études de l’Atmosphère Météorologique).