Fantasmes électriques au siècle des Lumières
Au XVIIIe siècle, l'électricité est une science toute nouvelle qui ouvre de multiples horizons. Les expériences d'électricité avec étincelles spectaculaires et décharges en chaîne se pratiquent partout : dans les collèges, mais aussi à la cour, dans les salons et dans les foires. La maîtrise du "fluide électrique" suscite de grands espoirs : l'électricité ne pourrait-elle pas redonner le mouvement aux paralytiques ou la vue aux aveugles ? Ne serait-elle pas la source de la vie ? A côté des espoirs, les craintes se manifestent : comment peut-on protéger un bâtiment de la foudre avec une tige de fer qui risque d'attirer les éclairs ? Les commotions électriques peuvent entrainer la mort... Le magnétisme, agissant à distance comme l'électricité, est encore plus mystérieux. Cela rend suspect le succès du docteur Mesmer qui prétend guérir avec son magnétisme animal.
Quand la science de l'électricité se met en place à la fin du siècle, avec des physiciens comme Coulomb ou Volta, elle s'appuie sur la manipulation d'instruments de précision et sur les mathématiques. Cette science du XIXe siècle va permettre aux physiciens de faire des prévisions sur de multiples phénomènes, au laboratoire comme dans la nature, mais elle laisse moins de place aux plaisirs des sens et aux fantasmes.
Sommaire
L'affaire des castrats de la Chapelle du Roi
En 1772 un bruit se répand dans Paris : l'électricité laisserait insensibles les jeunes gens qui ne sont pas "pourvus de tout ce qui constitue le caractère distinctif de l'homme". Pour le vérifier, un physicien va faire une expérience avec trois castrats, chanteurs de la Chapelle du Roi. Castrés dans l'enfance, ces chanteurs conservaient une voix d'enfant avec la puissance vocale d'un adulte.
Le magnétisme animal du docteur Mesmer
En passant les mains sur le corps de ses patientes ou en utilisant des tiges de fer aimantées, le médecin Franz-Anton Mesmer provoque des crises, ou au contraire des léthargies, et affirme pouvoir guérir de nombreuses maladies. Mesmer attribuait ses pouvoirs au "magnétisme animal". Ce magnétisme animal représentait-il une nouvelle thérapeutique s'appuyant sur la science ou bien n'était-ce qu'un mythe forgé par un charlatan ?
L'électricité, remède universel et source de vie ?
Au XVIIIe siècle les régimes, les purgations et les saignées constituent les principales ressources des médecins. Aussi lorsqu'apparaît la possibilité de guérir par l'électricité, la science la plus récente, les espoirs se multiplient. "Feu de la vie", "âme de l'univers", le fluide électrique ne pourrait-il pas redonner vie aux membres paralysés ou la vue aux aveugles ?
Le paratonnerre : instrument diabolique ou symbole de la Raison ?
En 1765 la foudre tombe à côté d'un petit dépôt de poudre à canon à Rochefort. Les dégâts sont heureusement limités : "la sentinelle, son fusil et sa guérite furent enlevés et on n'en eut plus connaissance", et les vitres de toutes les maisons voisines furent brisées, rapporte la chronique. Si la foudre était tombée sur la poudrière principale de ce port militaire, c'était la ville qui sautait...
Une balance pour "peser" l'électricité
Comment mesurer l'électricité ? Cette question lancinante pour les "électriciens" du 18e siècle a trouvé une première solution avec l'instrument présenté par Charles-Augustin Coulomb à l'Académie des sciences en 1784. Si la balance de Coulomb n'a pas satisfait les amateurs d'expériences spectaculaires, elle a permis de fonder une nouvelle science de l'électricité.
Crédits
© Bibliothèque des Sciences et de l'Industrie/CSI. Paris.
Auteur des articles sur l'histoire de l'électricité au siècle des Lumières : Christine Blondel (CNRS)
Coordination éditoriale, infographie et rédaction des portraits de savants : Jean-Marc Baholet (BSI)
Date de mise en ligne : 29.09.2010





