Submergés par nos déchets : vers une planète poubelle ?
Le monde produit chaque jour environ dix millions de tonnes de déchets. Qu’est-ce qu’un déchet ? : "Toute substance dont le détenteur (producteur ou possesseur) se défait ou a l’obligation de se défaire". Les dégâts provoqués sur l’environnement par le rejet des industries et d’une société de consommation boulimique sont devenus évidents. Pour éviter que la planète ne devienne une poubelle, la régulation de la gestion des déchets est un enjeu majeur des décennies à venir.
L’histoire de l’Homme est inséparable de celle de ses déchets. Quelques dates marquent l'évolution des comportements en matière de déchets et propreté en France. En 1185 Philippe Auguste interdit de jeter les ordures par les fenêtres. En 1884 le préfet de Paris Eugène Poubelle oblige les propriétaires d'immeubles à mettre à disposition de leurs locataires des récipients communs munis d'un couvercle et d'une capacité suffisante pour contenir les déchets ménagers. Un siècle plus tard - malgré une collecte quotidienne, la mise en place du tri sélectif et le plein essor du recyclage - nos poubelles débordent, les décharges saturent, les incinérateurs sont décriés, diverses pollutions et dangers sont révélés, les organisations frauduleuses et mafieuses sont dénoncées, l’alarme est tirée. Que s’est-il passé ?
Longtemps les hommes ont eu le sens de la rareté, tout ce qui était disponible devait être utilisé, rien ou presque n’était jeté. Avec l’industrialisation apparaît la société de consommation et le gaspillage. On ne répare plus beaucoup : on jette et on remplace des produits de consommation à la durée de vie limitée. Cette consommation effrénée conduit à l’épuisement de nos ressources naturelles et à la difficulté d’absorber nos déchets toujours plus nombreux. On cherche aujourd'hui à valoriser les déchets, c'est-à-dire à les transformer pour être réutilisés, recyclés. Désormais le déchet acquiert une valeur d’échange positive sur les marchés et devient une ressource, une matière secondaire.
Longtemps la gestion des déchets a été une affaire de proximité, elle est aujourd’hui au cœur des préoccupations politiques nationales et internationales.
4 notions pour comprendre
Production de déchets
Les déchets ont plusieurs origines : on distingue les déchets ménagers, des déchets agricoles, industriels, ou médicaux.
Un français jette en moyenne 1 kg de déchets par jour. En 2009, Eurostat révèle que chaque citoyen européen produit 513 kg de déchets municipaux (déchets ménagers collectés par les communes) par an et que la quantité générée par personne varie : de 316 kg en République tchèque et en Pologne à 833 kg au Danemark. Au niveau européen toujours, les industries qui fabriquent les produits que nous consommons génèrent 3500 kg de déchets par habitant et par an. Quant aux déchets miniers et de première transformation : ils restent dans les pays producteurs, le plus souvent dans l’hémisphère Sud...
Les quantités de déchets produits augmentent dans tous les pays, ainsi que leur toxicité et la pollution de nos milieux. Aussi, tout le monde s'accorde sur l'urgence de réduire le volume des déchets, de mieux en gérer le traitement et surtout de réviser l'ensemble du circuit de production et de consommation.
En France, un Plan national de prévention de la production de déchets a été adopté dès 2004. Les actions de prévention portent sur les étapes en amont du cycle de vie du produit : depuis l’extraction de la matière première, en passant par la conception, la production, la distribution, jusqu'à la consommation d’un bien, avant même la prise en charge du déchet par un opérateur ou par la collectivité.
Surconsommation et obsolescence programmée
En 1960, le sociologue Vance Packard dénonce la production surabondante des biens de consommation qui appelle le développement d’une éthique collective du gaspillage: la surabondance conduit à transformer les hommes en consommateurs voraces, impulsifs et gaspilleurs.
Par ailleurs l’obsolescence programmée, une expression en vogue qui dénonce la manipulation des objets marchands pour en limiter la longévité, encourage la surconsommation. L'obsolescence programmée utilise des moyens marketing (en inspirant le besoin de suivre la mode ou de posséder le dernier modèle sorti sur le marché) aussi bien que techniques (conçus pour tomber en panne avant d’être usés mécaniquement ou chimiquement les produits de consommation ne sont plus faits pour durer et être éventuellement réparés).
La surconsommation qui caractérise nos sociétés a un impact direct sur l’environnement, par l’épuisement des ressources naturelles ou par la production massive de pollutions et de déchets.
A la surconsommation, il faut ajouter la problématique du suremballage. L'emballage qui vient parfois faciliter le travail des professionnels de la fabrication à la distribution est plus souvent un support publicitaire, vantant les mérites supposés du produit ou de la marque. Les dosettes, unidoses et produits à usage unique favorise également le suremballage alors que l’achat de conditionnements plus grands ou de produits non jetables réduirait les déchets d’emballage et le recours aux matières premières tout en limitant les dépenses.
Traitements des déchets
En France, après le tri à la maison, la commune organise la collecte, le transport et le traitement des déchets. La collecte désigne l'ensemble des opérations qui consistent à regrouper les déchets, depuis leurs sources de production, puis à les transporter jusqu'aux centres de traitement. Les modalités de la collecte peuvent varier selon les communes. Environ la moitié des collectivités ont recours à des sociétés privées pour gérer la collecte et le traitement des ordures ménagères. Les particuliers peuvent également apporter certains de leurs déchets (encombrants, ou non pris en charge par la collecte) à la déchetterie en respectant des critères de tri en vue d’un traitement ultérieur : réemploi, recyclage, valorisation, stockage…
L’activité industrielle produit une part de déchets industriels banals, assimilables aux ordures ménagères par leurs filières de collecte ou de traitement, et des déchets qualifiés de dangereux traités par les établissements industriels qui la produisent ou transportés dans des centres collectifs spécialisés. Les principaux modes d’élimination des déchets dangereux industriels sont l’incinération et le stockage. La législation beaucoup moins contraignante des pays en développement incite certains producteurs de déchets à les exporter ; parfois même de manière illégale.
Le système de décharge (stockage et/ou enfouissement) reste le principal mode d'élimination des déchets en Europe. Pourtant, d’autres modes de traitement - comme l’incinération - et de valorisation - comme le recyclage ou le compostage - sont aujourd'hui privilégiés.
Politiques de gestion des déchets
La prévention des déchets a été introduite en 1992 dans la loi française pour " prévenir ou réduire la production et la nocivité des déchets, notamment en agissant sur la fabrication et sur la distribution des produits " (article L.541-1 du code de l’environnement). En février 2004, le Plan national de prévention de la production de déchets est mis en place. En 2009, le Grenelle de l’environnement fixe des objectifs ambitieux en terme de réduction des quantités globales de déchets incinérés ou stockés, et en terme d'augmentation du taux de recyclage matière et organique pour les déchets ménagers et assimilés. Les priorités ont également été orientées vers la prévention, le tri et la valorisation matière. L’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) soutient la mise en place de plans ou de programmes de prévention des déchets et l’expérimentation de la tarification incitative liée au poids, au volume, ou à la fréquence d’enlèvement (pesée embarquée…). Plusieurs programmes européens voient le jour : la Semaine européenne de la réduction des déchets lancée par l’ADEME, les programmes Miniwaste et GreenCook (expérimentation d’actions sur la prévention des déchets et le gaspillage alimentaire) et le projet Prewaste (identification de bonnes pratiques de prévention et définition d’indicateurs communs pour leur évaluation).
Au niveau international, une multitude de conventions se coordonnent. La Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et de leur élimination est un traité intergouvernemental créé en 1989 sous l’égide des Nations Unies.
Exemples de déchets atypiques
Crédits
© Bibliothèque des Sciences et de l'Industrie/universcience. Paris
Mise en ligne : 17/12/2011




