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La Villette, c'est toute une histoire !
La Villette : le temps des mutations
Mercredi 11 octobre 2006, 18h30 à l'auditorium

A partir de 1970 et surtout  après la fermeture des abattoirs en 1974 la Villette a connu une succession de décideurs politiques et d'aménageurs. Néanmoins à travers les concours successifs d'idées et de projets, se dessine une remarquable continuité.
Jean Sérignan qui dirigea la SEMVI de 1970 à 1978 fut le premier à ouvrir le site au public et à en initier la vocation culturelle. Il désigna aussi les bâtiments existants qui devaient subsister et auxquels il assigna des fonctions qui préfigurent la suite.
En 1978 Roger Taillibert proposa d'affecter la salle des ventes inachevée à  un musée des sciences. Après quoi Paul Delouvrier fut chargé de l'aménagement du site et Maurice Lévy de la définition du contenu du musée.
L'action de Paul Delouvrier fut fondatrice. On lui doit : le statut de la Villette garantissant la plus grande stabilité financière, la Géode et , peu de temps avant son départ, un choix déterminant dans l'organisation spatiale de la Cité de la Musique ; ll favorisa aussi la création de l'APSV.
Le hasard n'est pas absent dans la création du parc. L'aventure du Zénith en est le meilleur exemple. Elle illustre assez bien qu'une planification parfaite n'est pas le garant de la réussite ni son unique support.


Texte alternatif
Serge Goldberg
ancien président de l'Etablissement public du Parc et de la Grande Halle de la Villette

Réconcilier la culture scientifique et technique et la création artistique

Le projet de Parc de La Villette n'a vraiment été approfondi qu'à la suite du concours pour la Cité des Sciences. On comprend qu'il y a là une antériorité chronologique et un paradoxe programmatique. Le Parc de la Villette a fait l'objet d'un long travail de réflexion qui démarra sous la présidence de Paul Delouvrier.
Lorsque je rejoignis les équipes de La Villette, le programme du parc était déjà à l'étude. Avant d'établir un programme au sens classique du terme,nous avons rédigé une « Charte d'objectifs » qui se proposait de présenter les grandes orientations du projet et ses ambitions spatiales et culturelles. En voici les grandes lignes :

�?Mettre en relation la création artistique et la culture scientifique et technique

�?Créer un morceau de ville plutôt qu'une insertion de nature en ville.

�?Joindre Paris intra muros et les communes proches situées de l'autre côté du périphérique. Créer de la centralité à la périphérie.

�?Porter le projet comme un manifeste de la création contemporaine sans référence avec les modèles classiques du XIXème siècle français, anglais ou américains.

�?Créer un parc actif. Nous entendions par là qu'il devait innover dans ses règles d'usage et dans la recherche de ses publics.

�?Abolir les coupures de fonctionnement qui caractérisent les parcs : coupure jour/nuit ; coupure été/hiver.

Je ferai ensuite le récit -rapide- de la consultation, de son déroulement, de ses résultats. J'analyserai le projet lauréat de Bernard Tschumi et dirai les perspectives qu'il ouvrait. (...)


Texte alternatif
François Barré
ancien directeur de la Mission du Parc de la Villette

Les 20 années voir 26, presque jour pour jour, qui se sont écoulées depuis les résultats du concours d'architecture ont effacé de la mémoire de nombreuses péripéties.

Deux circonstances exceptionnelles ont permis la réussite du projet :
Au stade du concours : le dialogue avec le programme de Maurice Levy qui était d'une clarté exemplaire quant aux objectifs qualitatifs à atteindre et à la vocation du musée.

Au stade de la réalisation : sans la volonté indéfectible et le soutien de Paul Delouvrier, profondément attaché à la réussite du projet, la Cité des sciences ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui.

Trois thèmes principaux devenus les actes fondateurs du projet  architectural et urbanistique émergeaient du rapport Levy :
- L'eau, thème charnière entre l'univers et la vie
- La lumière, source d'énergie du monde vivant
- La complémentarité entre la science et la nature

Un facteur déterminant dans la conception du projet fut la présence de la structure laissée inachevée et que je n'ai pas essayé de contourner. La grande leçon que l'on peut tirer de la réhabilitation, c'est qu'elle nécessite une démarche libre de toute idée préconçue, de tout a priori de style, au profit de l'analyse de l'existant et de son environnement.

L'essentiel est la réussite de l'�?uvre et surtout son succès auprès des visiteurs. La Géode est devenue à la fois un symbole et un nouveau monument pour Paris.


Texte alternatif
Adrien Fainsilber
architecte de la Cité des sciences et de l'industrie
Pour aller plus loin
Bibliographie

La Villette 1971-1995 : Histoires de projets,
Alain Orlandini,éd.Somogy 1999

L'Invention du parc : Parc de la Villette,
Marianne Barzilay,éd.Graphite ;
concours international 1982/1983,Etablissement de la Villette, 1984
       
Paul Delouvrier ou la passion d'agir,

Roselyne Chenu,éd.Seuil,1994

 

Texte intégral

Réconcilier la culture scientifique et technique et la création artistique


Le projet de Parc de La Villette n'a vraiment été approfondi qu'à la suite du concours pour la Cité des Sciences. On comprend qu'il y a là une antériorité chronologique et un paradoxe programmatique.On observera ce point d'histoire et l'absence d'un programme global préalable à la définition des parties.

Le Parc de la Villette a fait l'objet d'un long travail de réflexion qui démarra sous la présidence de Paul Delouvrier. Lorsque je rejoignis les équipes de La Villette, le programme du parc était déjà à l'étude sous la responsabilité de Sylvie Barrau qui continuera de travailler, avec moi, durant tout le temps d'élaboration définitive de ce programme et d'organisation de la consultation.

Avant d'établir un programme au sens classique du terme, indiquant aux maîtres d'�?uvre les contraintes d'usage et les demandes de circulations et de surfaces, nous avons rédigé une « Charte d'objectifs » qui se proposait de présenter les grandes orientations du projet et ses ambitions spatiales et culturelles. En voici les grandes lignes que je développerai le 11 octobre :


�?Mettre en relation la création artistique et la culture scientifique et technique de manière à abolir ou pour le moins atténuer les séparations entretenues en France, entre ces deux domaines. Cela impliquait une perméabilité des institutions et un échange permanent entre elles, ainsi qu'une revalorisation de la culture scientifique et technique considérée comme plus ouverte sur le quotidien et concernant un plus grand nombre de personnes.

�?Créer un morceau de ville plutôt qu'une insertion de nature en ville. Le parc devrait donc avoir les qualités d'un espace public urbain. Il devrait par ailleurs permettre des liaisons nouvelles -notamment nord-sud - dans un quartier privé de ces traversées, de la rue de Crimée jusqu'au parc de La Villette.

�?Joindre Paris intra muros et les communes proches situées de l'autre côté du périphérique. Créer de la centralité à la périphérie.

�?Porter le projet comme un manifeste de la création contemporaine sans référence avec les modèles classiques du XIXème siècle français, anglais ou américains. Etre dans le siècle.

�?Créer un parc actif. Nous entendions par là qu'il devait innover dans ses règles d'usage et dans la recherche de ses publics. Ne pas concerner seulement les enfants et les personnes les accompagnant, d'une part et les personnes âgées d'autre part, mais les adolescents et la population active.

�?Abolir les coupures de fonctionnement qui caractérisent les parcs : coupure jour/nuit ; coupure été/hiver. Il s'agissait donc d'offrir un parc aux activités multiples intéressant toutes les catégories de public et de façon permanente. Cela nécessitait une gratuité d'accès et un passage libre sans fermeture la nuit.

Je ferai ensuite le récit -rapide- de la consultation, de son déroulement, de ses résultats. J'analyserai le projet lauréat de Bernard Tschumi et dirai les perspectives qu'il ouvrait. Serge Goldberg qui fut le grand maître d'ouvrage de ce parc, parlera certainement de ses conditions d'études et de réalisation avec Bernard Tschumi. J'imagine que des responsables du Parc d'aujourd'hui et de la Cité de la Musique participeront à ces rencontres pour témoigner des évolutions et du devenir de La Villette.

Texte intégral

Les 20 années voir 26 presque jour pour jour, qui se sont écoulées depuis les résultats du concours d'architecture ont effacé de la mémoire de nombreuses péripéties.

Si l'on veut résumer la genèse du projet et sa réussite, je devrais dire que nous avons bénéficié de deux circonstances exceptionnelles :

Au stade du concours : le dialogue avec le programme de Maurice Lévy qui était d'une clarté exemplaire quant aux objectifs qualitatifs à atteindre et à la vocation du musée.

Au stade de la réalisation : sans la volonté indéfectible et le soutien de Paul Delouvrier, profondément attaché à la réussite du projet, la Cité des Sciences ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui.
La qualité de l'espace monumental du hall d'accueil n'aurait pas pu être sauvegardé sans l'intérêt que Paul Delouvrier portait à l'architecture du projet. Il en a été de même pour les démolitions des appendices Est et Ouest que les responsables du musée voulaient conserver de peur de manquer de surfaces, alors que le contenu n'était pas défini et qu'il s'agissait de réaliser le plus grand musée scientifique du monde.

Paul Delouvrier m'a souvent reproché, avec sa générosité bien connue, de ne pas le solliciter plus souvent pour m'aider à résoudre certaines difficultés créées de toutes pièces.
La réussite d'un projet, c'est une évidence, est liée au climat de confiance entre le maître de l'ouvrage et son architecte.

C'est Paul Delouvrier qui après avoir voulu intégrer au programme la salle de cinéma omnimax qui a donné naissance à la Géode, a convaincu François Mitterrand de l'implanter où je l'avais prévu initialement alors que Valéry Giscard d'Estaing, lorsqu'il a retenu notre projet  ne voulait pas qu'elle soit visible à l'extérieur du musée.

C'est aussi Paul Delouvrier qui a souhaité que le musée soit accessible à toute personne handicapée. La C.S.I. a obtenu le prix de la Communauté Européenne pour son accessibilité aux personnes handicapées.

Pour en revenir au programme initial, j'avais l'impression, au stade du concours, de dessiner sous la dictée des idées fondamentales, essentiellement d'ordre qualitatif, du rapport Lévy, et ceci, plus particulièrement en ce qui concerne les thèmes principaux qui sont devenus les actes fondateurs du projet :

L'eau, thème charnière entre l'univers et la vie,  était à profusion sur le site où se croisent trois canaux. L'eau est devenue l'une des composantes essentielles du projet : par le jeu de réflexion de l'édifice sur les plans d'eau qui l'entourent et par le creusement jusqu'aux fondations à 13 mètres sous le niveau du sol naturel, j'ai donné à la structure initiale des proportions monumentales qu'elle n'avait pas à l'origine. La lumière naturelle pouvait s'introduire dans les niveaux d'infrastructure qui devenaient ainsi de véritables espaces muséographiques.

Deuxième thème : La lumière, source d'énergie du monde vivant, éclaire les grands espaces tels que le hall d'accueil et ceux situés sur la façade sud, face au Parc.

Troisième thème : La complémentarité entre la science et la nature : initialement, nous avions la chance de concevoir ensemble le musée et le parc. De cette notion de complémentarité est née la grande façade vitrée en vis-à-vis du parc comprenant les 3 serres bioclimatiques : trait d'union entre le parc et le musée. Ces éléments que je voulais les plus légers et transparents ont donné lieu, grâce à l'ingéniosité de Peter Rice, à la mise en �?uvre d'une technologie innovante rejoignant en ce sens l'un des objectifs de la C.S.I.. Cette invention s'est répandue, depuis, dans le monde entier.

La Géode, dans la conception initiale du Parc et avant sa fragmentation, devait créer un signal fort, perceptible depuis le boulevard Jean Jaurès ; elle devait également fermer la perspective vers le musée depuis la Porte de Pantin.

L'absence d'une réflexion globale à l'échelle des 55 hectares du site et d'un plan directeur qui en découle, a laissé échappé une chance exceptionnelle pour Paris. Il s'agissait du plus grand terrain d'un seul tenant appartenant à l'Etat. La cause de cet échec est peut-être en partie l'influence des modes de l'époque sur la fragmentation et les théories du chaos.
C'est la dernière occasion manquée pour Paris qui fait pourtant l'admiration de tous pour ses grandes perspectives, la mise en scène de ses monuments, leurs relations avec la Seine, etc�?
La meilleure illustration de cette fragmentation est le parvis de la Cité sacrifié au profit d'une opération immobilière qui coupe la Cité des Sciences de la ville et crée des zones d'insécurité. Qui aurait eu l'idée de construire sur l'Esplanade des Invalides ?

Pour en revenir à l'architecture proprement dite, bien qu'indissociable de l'urbanisme, un facteur déterminant dans la conception du projet a été la présence de la structure laissée inachevée et que je n'ai pas essayé de contourner. La réussite du projet est très liée au respect de la structure existante. Celle-ci présentait des caractéristiques très intéressantes, bien que peu homogènes et mises en �?uvre de façon peu rigoureuse.

La grande leçon que l'on peut tirer de la réhabilitation, c'est qu'elle nécessite une démarche libre de toute idée préconçue, de tout a priori de style, au profit de l'analyse de l'existant et de son environnement.
Les problèmes de la réhabilitation d'une structure inachevée non prévue pour recevoir du public étaient liés essentiellement à la sécurité. Grâce à des contacts très en amont avec les services compétents, nous avons intégré dès le départ de nombreuses dispositions originales adaptées à la morphologie du bâtiment. Les pompiers, dès le départ, savaient qu'aucune règle existante ne pouvait s'appliquer à une structure complexe et de si grande taille. Je me souviens tout particulièrement que ceux-ci ont fait preuve d'une sensibilité peu commune à l'espace architectural.

Voici un survol de l'histoire de la réalisation de la C.S.I. qui mériterait d'être plus amplement détaillée : il n'existe en effet pas ou plus d'ouvrage sur le sujet : Paul Delouvrier avait raison de me reprocher de ne pas relater les péripéties de cette grande aventure au jour le jour.

L'essentiel est la réussite de l'�?uvre et surtout son succès auprès des visiteurs. La Géode est devenu à la fois un symbole et un nouveau monument pour Paris.

Bibliographie

La virtualité de l'espace, Adrien Fainsilber, éd. Electra Monitor, 1988

La Cité des sciences et de l'industrie et la Géode, Plilippe Madec et James Hiéblt, photographies de Gabriele Basilico, éd. Cité des sciences / Calmann-Lévy, 1988

Adrien Fainsilber et Associés 1986-2002, éd. Alternatives,

La Cité des sciences et de l'industrie, Techniques et Architectures, Février-Mars 1986

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