Je parlerai surtout de la genèse de la Cité des sciences (concept et faisabilité), laissant à mes collègues le soin d'en décrire la réalisation.
Parmi tous les équipements du Parc de la Villette, ce projet fut le premier à être formulé en 1978. L'esprit du temps poussait à rapprocher la science de la technologie et de l'industrie. La libération des terrains de la Villette conduisit M Giscard d'Estaing à me confier une étude de faisabilité en 1978, pour laquelle j'eus à mes côtés une Commission consultative, chargée de me conseiller et d'enrichir mes choix.
En octobre 1979 je présentais un Rapport qui fut approuvé par le Conseil restreint réuni à l'Elysée en décembre. Ce Rapport proposait un changement radical du concept traditionnel de "musée scientifique" et présentait en détail un certain nombre d' idées directrices. Il s'agissait, en fait, de créer le prototype d'une nouvelle génération de Centres scientifiques, qui n'avait que peu de rapport avec le concept de "musée". C'est ce qui a conduit, après pas mal d'hésitations, à choisir le nom de Cité des sciences et de l'industrie ».
Nous cherchions aussi à ajouter quelque chose de spectaculaire susceptible d'attirer le public et de servir de phare pour la Cité. Ce fut la Géode (salle Omnimax) ouverte un an avant la Cité, le 9 mai 1985, dont le succès initial fut phénoménal.
La Cité elle-même eut une réalisation difficile, pour le bâtiment comme pour le contenu. Le succès fut, néanmoins, dès le début au rendez-vous. Maintenir ce niveau d'intérêt, et même le développer, reste aujourd'hui un travail sans relâche. La Cité répondait certes à un besoin. Mais la nature et le contenu de ce besoin évoluent avec la société française. Le défi des dirigeants actuels est d'adapter la Cité à cette évolution.
Concevoir et réaliser des espaces où les visiteurs seront accueillis plusieurs mois ou plusieurs années plus tard n'était pas une mince affaire. Il était nécessaire de maintenir l'écoute mutuelle et l'enthousiasme des équipes qui ne pouvaient « qu'imaginer » ce que serait leur futur public.
Nous avons mis en place des espaces de préfiguration pour des éléments d'exposition (Janus). Le Palais de la Découverte accueillit «Les Ecrans du réel» qui devaient ensuite prendre place dans la Cité. Le métro fut mis à contribution (Astronomie dans le métro). Un espace gonflable fit le tour des grandes villes de France à la rencontre du public et des futurs partenaires de la Cité (industriels, enseignants�?). Le Festival de l'industrie et de la technologie (FIT) installé dans la Grande Halle permit de tester tout particulièrement des éléments destinés aux enfants.
Ce fut aussi la période où il fallut recruter et former les animateurs qui seraient face au public.
Un travail particulier fut entrepris sur l'accueil des personnes handicapées et sur l'adaptation des éléments d'exposition à ce type de public.
Il s'agissait aussi de concevoir des actions spécifiques vers le monde scolaire (enseignants, élèves�?).
Une tâche « énorme » �?que je vais tenter de vous retracer ici �?
La réalisation du contenu de la Cité des Sciences a été une aventure originale. Mon intervention permettra d'évoquer les points particuliers de cette opération : l'ampleur du projet, l'ampleur des missions de programmation, de conception de réalisation et d'intégration dans un bâtiment de 120 000 m2.
Je présenterais tout d'abord la démarche de réalisation qui suivi une logique de conception "espaces / "systèmes" : Une matrice, en ligne ; les activités, en colonne : les systèmes. Logique qui a permis l'aménagement de l'ensemble des activités et expositions avec des réponses fonctionnelles et l'usage de composants commun correspondant à une unité, un style et une facilité de réalisation et d'exploitation. Enfin elle respecte le bâtiment d'Adrien Fainsilber.
J'évoquerais ensuite l'organisation de la maîtrise d'ouvrage du contenu de la Cité, les cellules de conception et de suivi des systèmes, l'agence interne d'aménagement, l'atelier de développement et l'équipe d'ingénieurs.
J'aborderais la conception avec les équipes scientifiques et les responsables d'activités : la maîtrise des systèmes internes, la conception architecturale des secteurs de l'exposition permanente, la maîtrise d'�?uvre industrielle des éléments d'exposition , leurs environnements, les petits théâtres, les manips, les petits logiciels, les audiovisuels et les préfigurations.
Je terminerais par la phase de fabrication : l'intégration, dirigée par J-J Bravo, a été réalisée en quelques mois, sur cinquante chantiers, dont vingt consacrés à l'exposition permanente.
Je parlerai surtout de la genèse de la Cité des sciences (concept et faisabilité), laissant à Real Jantzen, Jacques Lichnerovitz et Jacques Blanc le soin d'en décrire la réalisation.
Parmi tous les équipements du Parc de la Villette, ce projet a été le premier a être formulé en 1978. L'idée était dans l'air depuis la fin des années 60. L'esprit du temps poussait à rapprocher la science de la technologie et de l'industrie. C'est la libération des terrains de la Villette qui conduisit M Giscard d'Estaing à me demander une étude de faisabilité en 1978. J'étais entouré par une Commission consultative, chargée de me conseiller et d'enrichir mes choix.
Début 1979 je commençais et élaborais un Rapport que je présentais après approbation de la Commission, le 15 octobre de la même année.Son contenu fut approuvé par le Conseil restreint réuni à l'Elysée le 20 décembre 1979, avec toutefois une restriction importante : le projet devait être limité à trois des quatre travées qui constituaient ce que l'on appelait encore la Grande salle des ventes des nouveaux abattoirs. Le devenir de cette quatrième travée a, comme on le sait, fait l'objet pendant vingt ans de réflexions et de discussions. Le problème est enfin en train d'être résolu.
Le Rapport proposait un changement radical du concept traditionnel de «musée scientifique». La France avait innové en 1936 avec le Palais de la découverte. Il fallait des mutations et des nouveaux besoins intervenus depuis. Les idées directrices étaient donc les suivantes :
- S'adresser à tous les publics par des présentations adaptées et pas seulement au public scolaire et universitaire.
- Attirer les visiteurs par une grande diversité de fonctions, ce que permettait la surface disponible.
- Abandonner la présentation disciplinaire au profit d'une présentation intégrée de «thèmes» multidisciplinaires, que les visiteurs pouvaient reconnaître et qui permettait de surcroît de lier la science et ses applications.
- Dans chaque présentation instaurer plusieurs "niveaux de lecture", pour que chacun puisse trouver celui qui lui était le plus adapté et puisse progresser au cours des visites successives. L'accent devait être mis sur l'interactivité.
- S'adresser tout de même en priorité à la jeunesse afin de susciter des vocations scientifiques.
De ces idées, il résultait le concept de toute une série de «lieux» aux destinations très variées : une exposition permanente (Explora) ; une médiathèque ouverte au grand public ; des lieux d'expositions temporaires pour suivre l'actualité, instaurer des partenaires et inciter les visiteurs à revenir ; un lieu scientifique pour la jeunesse «l'Inventorium» devenu depuis la Cité des enfants ; enfin, un grand Centre de conférences pour faire de la Cité un lieu de manifestations internationales.
Il était proposé aussi de valoriser les présentations en les utilisant comme support d'un système d'éducation bien différent de l'école : ce furent d'abord les "Classes Villette" puis «le Collège». Il était prévu de la faire de la Cité le pôle central d'un réseau de Centres scientifiques et techniques, en partenariat avec les régions.
Il s'agissait, en fait, de créer le prototype d'une nouvelle génération de Centres scientifiques, qui n'avait que peu de rapport avec le concept de «musée». C'est ce qui a conduit, après pas mal d'hésitations, à choisir le nom de "Cité des sciences et de l'industrie".
Avec tous les équipements présents sur le site (Zenith, Grande Halle, Cité de la musique �?), la Villette est devenue un ensemble culturel très attractif, la Cité des sciences en restant l'élément central, comme l'avait voulu ses promoteurs au départ.
Nous cherchions aussi à ajouter quelque chose de spectaculaire susceptible d'attirer le public et de servir de phare pour la Cité. Nous nous tournâmes comme l'a raconté Serge Goldberg, vers les salles Imax et Omnimax qui commençaient à s'implanter aux Etats-Unis. Ce fut la Géode, ouverte un an avant la Cité, le 9 mai 1985, dont le succès initial fut phénoménal.
La Cité elle-même eut une réalisation difficile, pour le bâtiment comme pour le contenu . Mes collègues évoqueront cette histoire, ainsi que les problèmes créés par l'afflux de visiteurs après l'ouverture , le 13 mars 1986, avec «la Nuit de la Comète», que personne n'a oubliée. Le succès fut, en effet, dès le début au rendez-vous, mais il fallait encore le gérer. Maintenir ce niveau d'intérêt, et même le développer, reste aujourd'hui un travail sans relâche.
La Cité répondait certes à un besoin. Mais la nature et le contenu de ce besoin évolue avec la société française. Le défi des dirigeants actuels est d'adapter la Cité à cette évolution.
Bibliographie
Rapport de la Mission d'étude du Musée National des Sciences et de l'Industrie de la Villette, reproduit en décembre 1984 dans la Revue Les Etudes, sous le titre Le Rapport cinq ans après
La Cité des sciences et de l'industrie, Jacques Lissarague et al, éd Electra France, 1988
La Cité des sciences et de l'industrie et la Géode, Plilippe Madec et James Hiéblot, photographies de Gabriele Basilico, éd. Cité des sciences / Calmann-Lévy, 1988
La Villette 1971-1995. Histoires de projets, Alain Orloandini, éd. Somogy,1999




