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Planète cherche éco-solutions
L'eau : un enjeu pour le développement durable
Mercredi 7 février 2007, 18h30 à l'auditorium

Dans cet exposé, on va d'abord relativiser l'impact des services publics d'eau et d'assainissement sur les écosystèmes aquatiques : l'eau que nous buvons, même à six milliards d'êtres humains sur la terre, n'exerce qu'une ponction tout à fait minime sur les ressources ; presque partout dans le monde, celles-ci peuvent satisfaire sans problème des consommations de niveau européen (environ 50 fois plus que l'eau pour boire). Là où on commence à rencontrer des problèmes, c'est si une forte demande en eau est exercée par l'industrie, la génération d'électricité, et surtout par l'agriculture ; une concurrence peut en résulter avec cet usage noble parmi tous, le service public d'eau (et d'assainissement) des villes, surtout si ce dernier a été conçu dans une logique d'offre d'eau peu chère, comme dans l'ouest américain. C'est pourquoi les politiques de gestion de l'eau 'par la demande' ont émergé d'abord à cet endroit : remise en cause des grands projets hydrauliques, politiques d'économies d'eau, voire tentatives d'établissement de marchés de l'eau.

Dans un deuxième temps, on va reconstituer l'histoire sociale, politique et économique du développement des services publics d'eau : au génie civil et à ses adductions lointaines, succèdent le génie sanitaire et ses usines de traitement d'eau (et plus tard ses stations d'épuration) ; la crise de ces approches fait plus récemment l'objet de réponses de la part d'un troisième génie, celui de l'environnement : on recherche désormais des solutions territoriales et d'économies d'eau, pour réduire les risques d'envolée des coûts des solutions précédentes.

Texte alternatif
Bernard Barraqué
directeur de recherche au CNRS, laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (LATTS)
Pour aller plus loin
Texte intégral

Dans cet exposé, on va d'abord relativiser l'impact des services publics d'eau et d'assainissement sur les écosystèmes aquatiques : l'eau que nous buvons, même à six milliards d'êtres humains sur la terre, n'exerce qu'une ponction tout à fait minime sur les ressources ; presque partout dans le monde, celles-ci peuvent satisfaire sans problème des consommations de niveau européen (environ 50 fois plus que l'eau pour boire). Là où on commence à rencontrer des problèmes, c'est si une forte demande en eau est exercée par l'industrie, la génération d'électricité, et surtout par l'agriculture ; une concurrence peut en résulter avec cet usage noble parmi tous, le service public d'eau (et d'assainissement) des villes, surtout si ce dernier a été conçu dans une logique d'offre d'eau peu chère, comme dans l'ouest américain. C'est pourquoi les politiques de gestion de l'eau 'par la demande' ont émergé d'abord à cet endroit : remise en cause des grands projets hydrauliques, politiques d'économies d'eau, voire tentatives d'établissement de marchés de l'eau.

Dans un deuxième temps, on va reconstituer l'histoire sociale, politique et économique du développement des services publics d'eau : au génie civil et à ses adductions lointaines, succèdent le génie sanitaire et ses usines de traitement d'eau (et plus tard ses stations d'épuration) ; la crise de ces approches fait plus récemment l'objet de réponses de la part d'un troisième génie, celui de l'environnement : on recherche désormais des solutions territoriales et d'économies d'eau, pour réduire les risques d'envolée des coûts des solutions précédentes.

Avec le génie de l'environnement, les progrès des connaissances permettent d'envisager des solutions beaucoup plus locales (donc moins collectives et surtout moins chères) à des problèmes qui ne pouvaient être traités que collectivement. On voit ainsi apparaître des solutions individuelles dans l'approvisionnement en eau potable : puits privés, citernes de recueil d'eaux de pluie , recyclage des eaux 'grises' dans les toilettes ; voire comme il y a un siècle à Paris, double réseau d'eau potable et non potable. Et, du côté de l'assainissement, on a les moyens de réévaluer positivement les solutions dites autonomes, par exemple les fosses septiques accompagnées de lits filtrants ou de lits de tourbe. Ces solutions ne sont plus considérées (sauf par certains ingénieurs et élus apeurés par la nouveauté) comme des pis-aller en attendant l'égout public, voire comme réservées au Tiers Monde. On voit même des pays comme la France, mettre sur pied des services publics pour la gestion durable de l'assainissement autonome. D'autres pays tentent d'accompagner et d'orienter les approches d'économies d'eau.

En revanche, à partir du moment où les services publics d'eau qui se sont généralisés en Europe sont fondés sur des infrastructures collectives très coûteuses et qui s'amortissent sur de longues durées, la quête d'éco-solutions ne peut pas se faire que dans une démarche individuelle. Or, en deçà de la volonté de réduire, chacun, son 'empreinte écologique' en réduisant sa consommation d'eau, on doit constater que dans les faits, ces quêtes individuelles d'économies sont basées sur une méfiance croissante vis-à-vis du service public, considéré comme trop cher pour une qualité insuffisante. Crise de confiance alimentée par les media à la recherche d'arènes de conflits, mais qui a pour effet indubitable d'aggraver la crise des services publics en réduisant encore davantage les volumes d'eau vendus, donc les recettes, supposées équilibre les dépenses dans la loi. Le cas de l'Allemagne, où de surcroît se produit une stagnation démographique accompagnée d'une décohabitation importante (1,8 personnes par famille contre 2,4 en France), est tout à fait révélateur de ce qui menace toute l'Europe : une crise des services publics aggravée par les éco-solutions individuelles. En contrepoint, on présentera quelques exemples de recherche de solutions durables plus collectives : par exemple abaisser le coût total de l'eau potable en partant d'une ressource moins polluée, donc en cherchant à aider les agriculteurs à se reconvertir dans l'agriculture biologique ou extensive, plutôt qu'en sophistiquant toujours plus les techniques de traitement de l'eau.

En définitive, il faut sans doute combiner les économies d'eau individuelles et les solutions collectives, mais il est indispensable de s'organiser et de débattre collectivement pour faire face à certaines conséquences désagréables, voire dramatiques, de la baisse des consommations d'eau publique. Après tout, c'est bien dans le Tiers Monde que les solutions d'approvisionnement individuelles (puits, citernes, vendeurs d'eau) sont répandues du fait de la mauvaise qualité des services publics. On sait qu'elles correspondent aussi à aggraver les problèmes d'accès au service des plus démunis. Alors, il faut éviter de conduire nos bons services publics européens à un état qui serait justement celui des grandes métropoles du sud.

 

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