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L'adolescence
Les ados et leurs parents
Mercredi 18 mars 2009, 18h30 à l'auditorium

L'adolescence est la réponse de la société au phénomène physiologique de la puberté qui transforme un corps d'enfant en un corps devenu apte à la procréation. La puberté n'est pas propre à l'être humain. Elle concerne également les vertébrés supérieurs chez lesquels elle déclenche des phénomènes de répartition des territoires et de hiérarchisation des dominances. Ce sera aussi le cas chez les humains : « tu quitteras ton père et ta mère » avec en corollaire les exigences de l'exogamie.

Cette contrainte à aménager de nouvelles distances avec les objets d'attachement familiaux a pour effet d'être une mise à l'épreuve des ressources personnelles de l'adolescent et un révélateur de son estime de lui-même, de son degré de sécurité interne, en somme de la qualité de ce dont il a hérité de ses parents et qu'il doit se réapproprier. Le corps est au c�?ur de cette situation paradoxale qui fait qu'il est à la fois ce qui est consubstantiel à nous-mêmes et support de notre identité ; mais en même temps l'exemple même de ce qu'on n'a pas choisi, qui nous est imposé et qui est entièrement le fruit de notre héritage.

Cette sollicitation des ressources personnelles de l'adolescent fait émerger leurs éventuelles insuffisances, les manques, les peurs, les attentes et oblige l'adolescent à prendre conscience de sa dépendance à l'égard des autres. Dépendance qui le confronte à ce paradoxe spécifiquement humain qui fait que pour être soi il faut accepter de se nourrir des autres, ce qui est le propre de tous les êtres vivants, mais que pour les seuls êtres humains il faut aussi se différencier de ces autres dont on s'est nourri.(...)

P. Jeammet
Philippe Jeammet
pédopsychiatre, professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, université Paris 5
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Texte intégral

L'adolescence est la réponse de la société au phénomène physiologique de la puberté qui transforme un corps d'enfant en un corps devenu apte à la procréation. La puberté n'est pas propre à l'être humain. Elle concerne également les vertébrés supérieurs chez lesquels elle déclenche des phénomènes de répartition des territoires et de hiérarchisation des dominances. Ce sera aussi le cas chez les humains : « tu quitteras ton père et ta mère » avec en corollaire les exigences de l'exogamie.

Cette contrainte à aménager de nouvelles distances avec les objets d'attachement familiaux a pour effet d'être une mise à l'épreuve des ressources personnelles de l'adolescent et un révélateur de son estime de lui-même, de son degré de sécurité interne, en somme de la qualité de ce dont il a hérité de ses parents et qu'il doit se réapproprier. Le corps est au c�?ur de cette situation paradoxale qui fait qu'il est à la fois ce qui est consubstantiel à nous-mêmes et support de notre identité ; mais en même temps l'exemple même de ce qu'on n'a pas choisi, qui nous est imposé et qui est entièrement le fruit de notre héritage.

Cette sollicitation des ressources personnelles de l'adolescent fait émerger leurs éventuelles insuffisances, les manques, les peurs, les attentes et oblige l'adolescent à prendre conscience de sa dépendance à l'égard des autres. Dépendance qui le confronte à ce paradoxe spécifiquement humain qui fait que pour être soi il faut accepter de se nourrir des autres, ce qui est le propre de tous les êtres vivants, mais que pour les seuls êtres humains il faut aussi se différencier de ces autres dont on s'est nourri.

Ce qui m'a rapidement frappé c'est qu'à contraintes et facteurs de risque semblables le destin de ces adolescents était radicalement différent. Les uns pouvaient faire de leur vulnérabilité une chance qui, après des difficultés plus ou moins importantes et parfois durables, allait les conduire, non sans douleur souvent, à une reprise d'échanges dont ils pouvaient se nourrir et au développement de leurs potentialités avec peut-être un plus par rapport à d'autres jeunes, celui d'avoir connu le risque d'effondrement et la tentation de s'abandonner à la destructivité et de l'avoir surmonté, ayant fait ainsi l'expérience que c'est possible. Les autres par contre s'enfermaient dans des conduites dont le point commun constant est qu'elles se caractérisent par une amputation plus ou moins importante de leurs potentialités et une forme d'appauvrissement  de leurs richesses potentielles.
   Or ce basculement vers ce qu'on pourrait appeler la créativité ou la destructivité m'a souvent semblé dépendre de la qualité des rencontres de l'adolescent avec des personnes significatives de son entourage, qu'elles appartiennent à la famille, au monde des pairs et des amis et/ou au milieu soignant ou éducatif entendu dans un sens large. Rencontres qui entrent souvent en résonance avec des figures signifiantes du passé, mais qui tout autant s'en différencient par ce qu'elles apportent justement de nouveauté.
   Ainsi plus les contraintes internes dont a hérité l'adolescent sont importantes et génèrent une insécurité interne, une mauvaise image de soi, un défaut de confiance en ses ressources internes, plus il devient environnement-dépendant, c'est à dire dépendant de la capacité de l'entourage à lui apporter la sécurité dont il ne se sent pas dépositaire. Mais cette dépendance même rend ce dont il a besoin menaçant pour son autonomie : «ce dont j'ai besoin, parce que j'en ai besoin et à la mesure de ce besoin c'est ce qui menace mon autonomie ». Ce sera à l'entourage de gérer ce paradoxe et de savoir rendre tolérable ce dont l'adolescent a besoin.
   Si la majorité des adolescents vont plutôt bien et peuvent épanouir leurs potentialités, il est d'autant plus désolant de voir certains d'entre eux se saboter eux-mêmes alors que seule une minorité d'entre eux souffre de troubles mentaux avérés.
   L'évolution de notre société favorise la liberté et la réussite individuelle. Elle génère moins d'interdits, mais réclame plus de l'adolescent et de ses capacités avec des exigences de réussite accrues. Il ne m'apparait pas étonnant que des jeunes puissent privilégier des conduites auto-destructrices, car si la réussite est toujours aléatoire et dépend des autres, la destructivité est toujours à porté de main.

On a assisté en cette fin du 20ème siècle à une disqualification de l'éducatif par le psychologique. Beaucoup d'adultes ne se sentent plus légitimes d'imposer quoi que ce soit aux plus jeunes. Au cours de mes 40 ans de travail avec les adolescents en difficulté, il m'est apparu essentiel pour les adolescents les plus vulnérables, c'est-à-dire les plus en insécurité, de rencontrer des adultes qui sachent à la fois poser des limites à leurs tendances destructrices et les ouvrir à d'autres moyens d'expression de leurs difficultés. Mais pour que ce soit possible, il faut que les adultes retrouvent une légitimité à poser ces limites et comprennent le sens de ce qu'ils font et de l'autorité qu'ils peuvent

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