Le défi alimentaire
Éradiquer la faim dans le monde : objectif n°1 du Millénaire
Réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde d'ici à 2015, tel est le premier des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) que s'est fixé l'ONU en 2000. En sachant que les solutions de fond pour assurer la sécurité alimentaire ne peuvent s'aligner sur les solutions d'urgence d'ordre humanitaire mises en oeuvre lors d'épisodes de famine. Les conflits armés, le déplacement de millions de personnes et la pauvreté sont les causes principales des crises alimentaires en Afrique, devant notamment la sécheresse et les invasions de criquets pélerins dévastatrices pour les cultures.
Augmenter la production agricole : gare aux fausses pistes !
D'ici à 2050, la population aura plus que doublé en Afrique subsaharienne. Pour faire face à ce défi démographique sans précédent et nourrir tous les Africains, la première piste est d'augmenter les surfaces cultivées. Mais l'accès à de nouvelles terres* n'a jamais permis jusqu'à présent de sortir l'Afrique de la sous-alimentation. La deuxième piste est d'augmenter le rendement agricole. La « révolution verte » initiée en Asie a permis de relever le défi alimentaire par la diffusion de variétés à haut rendement et l'augmentation spectaculaire d'engrais et de pesticides. Toutefois, inadaptées aux réalités locales et non soutenues par des politiques agricoles incitatives, la diffusion de ces innovations en milieu paysan est restée très limitée en Afrique.
Une autre piste – l'agroforesterie – est actuellement explorée dans certaines régions : elle repose sur la capacité des écosystèmes à se régénérer grâce à des associations de cultures et de plantations d'arbres différentes, pPar exemple, la culture d'ignames dans les cacaoyères de Côte d'Ivoire. Dans le même esprit, certains experts appellent à une « révolution doublement verte » de l'agriculture qui prendrait en compte le fonctionnement des écosystèmes pour augmenter le rendement agricole sans ajout massif d'engrais et de pesticides.
* À elle seule, l'éradication de l'onchocercose – « cécité des rivières » due à un parasite – en Afrique de l'Ouest a ouvert à l'agriculture 25 millions d'hectares fertiles entre 1974 et 2002 dans des zones marécageuses auparavant inexploitées, permettant de nouveau un accès aux rivières.
Les fondations privées refont la « révolution verte »
Le 12 septembre 2006, les fondations Bill & Melinda Gates et Rockefeller annoncent qu'elles s'associent « pour une révolution verte en Afrique ». L'argent investi (150 millions de dollars, soit 112 millions d'euros) servira à développer de nouvelles semences pour les petits agriculteurs « afin qu'ils doublent leur rendement d'ici vingt ans ». Une initiative qui, selon certains experts, ne tire pas les leçons du passé : sans programmes de recherche pour adapter ce modèle venu d'ailleurs, le processus de « révolution verte » risque une nouvelle fois d'échouer en Afrique. Par « révolution verte », on entend la diffusion en milieu paysan des variétés améliorées à haut rendement avec pesticides et engrais.
Les solutions éprouvées des paysans africains
Introduites durant la première moitié du XXe siècle par la colonisation, les cultures dites « de rente » (café, cacao, coton…), destinées principalement à l'exportation, ont été rendues responsables des famines africaines car elles concurrencent – au niveau des sols et du calendrier agricole – les cultures dites « vivrières » (manioc, igname, sorgho…), destinées à nourrir les populations locales. Si ce phénomène est exacerbé dans les régions soumises à une faible quantité de pluie, savoir-faire paysan et innovations techniques peuvent parfois contourner le problème.
Au nord du Cameroun, pour poursuivre la culture de mil alors que le coton occupe l'essentiel des terres favorables, des paysans ont sélectionné des variétés de mil qui pouvaient être repiquées en saison sèche sur les lits des fleuves. Autre exemple : au Burkina Faso, avec la technique du zaï*, des paysans parviennent à cultiver de nouvelles terres. Reste que face à la concurrence agricole internationale qui introduit sur le marché africain des produits étrangers à bas prix, les petits producteurs locaux sont forcément pénalisés**.
* Le zaï est une technique traditionnelle de préparation du sol qui consiste à faire des trous pour le semis avec apport de compost ou de fumier, à récupérer les débris organiques apportés par le vent et à favoriser la circulation de l'eau. ** Depuis quelques années, des organisations paysannes, comme le ROPPA (Réseau des organisations paysannes et de producteurs agricoles de l'Afrique de l'Ouest), s'efforcent de défendre les intérêts des agriculteurs africains.
Le défi de l’eau rare
En Afrique subsaharienne, l'eau est très mal répartie et la situation risque d'empirer avec le réchauffement climatique. À l'image du lac Tchad qui a déjà perdu en trente ans plus de 25% de sa superficie à cause de la sécheresse, l'eau est rare dans la plupart des régions. Mais on la trouve en abondance dans certains endroits. Ainsi, le bassin du Congo pourrait à lui seul approvisionner le sous-continent en eau.
Lorsqu'elle est présente, l'eau est globalement sous-exploitée : l'irrigation ne concerne que 6% des terres cultivables dans les zones les plus arides (contre 38% en Asie) ; la petite irrigation est certes utilisée avec un certain succès pour les cultures maraîchères mais les grands travaux d'irrigation ne peuvent s'envisager qu'avec des États structurés… La production agricole reste donc pour l'heure très dépendante des pluies.
Quant à l'espoir venu des progrès technologiques, il n'y a pas de miracle à attendre : action sur les nuages pour déclencher la pluie*, récupération de rosée, dessalement de l'eau de mer… ces approches sont inadaptées ou trop coûteuses. Les techniques simples, comme les cultures de décrue** et les pompes à eau puisant l'eau douce dans les nappes phréatiques, ont donc encore un grand avenir en Afrique.
* Bien que testée dans plusieurs régions du monde, l'efficacité de cette technique n'a pas encore été prouvée. ** Les cultures de décrue tirent profit des « fadamas », zones situées le long des cours d'eau et inondées à la saison des pluies. Dans les fadamas, il suffit souvent de creuser quelques mètres sous terre et d'installer une pompe pour avoir de l'eau.
Mousson africaine : semer avant les pluies…
Le projet international AMMA* a pour objectif de mieux comprendre la mousson africaine afin d'en améliorer la prévision. La première grande campagne de mesures – radars, ballons stratosphériques, instruments de mesure à bord d'avions, de navires…– a été effectuée en juillet 2006 dans toute la région ouest-africaine. Ce projet vise aussi à doter les pays concernés par la mousson d'outils météorologiques performants et à aider les agriculteurs à semer au bon moment, l'impact des pluies étant déterminant sur la production agricole lorsqu'il n'y a pas d'irrigation. Encore faudra-t-il que ces prévisions parviennent à des paysans souvent illettrés.
* AMMA : Analyse multidisciplinaire de la mousson africaine. Financé par les Français, les Britanniques et la Commission européenne jusqu'en 2010 et doté d'un budget de 60 millions d'euros, le programme AMMA mobilise plusieurs centaines de chercheurs.
Spiruline : poudre miracle ?
Cette pâte verte spongieuse est de la spiruline, une algue que l'on trouve dans les eaux chaudes tropicales peu profondes et salées, comme au Tchad, mais qui peut être cultivée, comme ici à Ouahigouya, au nord du Burkina Faso. Une fois séchée et mise en poudre, cette algue, riche en protéines (55 à 70% de son poids), vitamines (A, B12, E) et minéraux (fer, calcium, magnésium), pourrait résoudre, selon ses promoteurs, les problèmes de dénutrition des jeunes enfants. Avec une nuance de taille : un complément alimentaire ne saurait solutionner à lui seul la question de l'accès à une alimentation diversifiée et suffisante.
Quand la science invente un nouveau riz…
Obtenu par croisements successifs entre du riz africain et du riz asiatique, le riz Nerica (New Rice for Africa) constitue une avancée dans la création de plantes adaptées aux conditions de culture de l'Afrique subsaharienne : il résiste mieux à la sécheresse, il a un rendement plus élevé et une teneur en protéines plus importante que les variétés traditionnelles. Depuis sa création au milieu des années 90 par des chercheurs du Centre du riz pour l'Afrique (ADRAO), plusieurs variétés ont été développées et sont actuellement cultivées dans différents pays d'Afrique de l'Ouest.
Les promesses non tenues des OGM
Les plantes génétiquement modifiées permettraient de combattre certaines carences (vitamines A et C, fer), d'enrichir les aliments en protéines, de faire des cultures dans des régions arides, sur des sols salés, d'améliorer la conservation des céréales dans les greniers*… Bref, beaucoup de contraintes seraient ainsi surmontées. Dix ans après la commercialisation du premier OGM, on est encore loin de ces perspectives alléchantes : les principales cultures d'OGM – soja et maïs tolérants à un herbicide et/ou résistants à un insecte – ne sont pas adaptées aux besoins et préférences alimentaires des Africains et n'apportent pas de réponse satisfaisante aux problèmes de production agricole. De plus, au plan économique, les OGM restent inaccessibles aux petits agriculteurs**. Résultat, leur présence est très limitée en Afrique subsaharienne : seule l'Afrique du Sud s'est réellement lancée dans leur culture*** ; d'autres pays, comme le Kenya ou le Burkina Faso en cultivent aussi mais de manière très discrète. Toutefois, les recherches se poursuivent dans les laboratoires des pays riches pour développer une deuxième génération d'OGM qui pourrait, selon ses promoteurs, répondre à certaines des promesses annoncées.
* Selon la Food and Agricultural Organisation (FAO), les pertes après récolte peuvent atteindre 40% dans certaines régions d'Afrique à cause des mauvaises conditions de stockage. ** Les agriculteurs doivent s'approvisionner chaque année auprès des compagnies semencières qui détiennent les brevets. *** En 2006, l'Afrique du Sud occupait la huitième place dans le monde avec 1,4 million d'hectares d'OGM contre 500 000 hectares l'année précédente.




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