Demain, quelles sociétés africaines ?

L’Afrique n’est pas l’Occident
Paroles de journalistes africains

Barrages hydrauliques sous-utilisés, centrales solaires ou aciéries qui n'ont jamais servi… l'Afrique est un cimetière de grands projets technologiques. Bien souvent surdimensionnées, inadaptées et difficiles à maintenir en état, ces innovations sans marché solvable ont rarement eu le succès escompté. En outre, elles vont à l'encontre des pratiques locales. En revanche, les technologies peu coûteuses, faciles à entretenir et à réparer, et répondant à de réels besoins, ont eu plus de succès (fours solaires, téléphones portables…). C'est sur la base de ces technologies légères et intégrant les dimensions socioculturelles locales que le continent pourra se développer : telle est l'une des conclusions du travail collectif réalisé par des scientifiques de toutes disciplines, intitulé L'Afrique des idées reçues*. Autre message important délivré par ce groupe de chercheurs : les difficultés actuelles de l'Afrique en matière de développement social seraient dues, pour une large part, aux politiques économiques imposées par l'Occident sous le nom de code « ajustement structurel ». Pour réduire la dette des pays africains, le Fonds monétaire international (FMI) a en effet imposé depuis les années 80 des cures d'austérité drastiques aux États et aux populations, avec réduction de tous les services publics.

* un ouvrage coordonné par Georges Courade - de l'IRD - et publié en 2006 aux éditions Belin.

<div class="alt"><a target="_blank" title="Paroles de journalistes africains" href="http://www.universcience-vod.fr/media/822/paroles-de-journalistes-africains.html">Paroles de journalistes africains<br /> <img alt="Paroles de journalistes africains" border="0" src="http://video.universcience.tv/csi-tv/videopublisher/771cf383-704e-4f3d-a829-4188300f8a0a/thumbnail.png" /></a><br /> <p>En quoi la <a href="http://www.universcience-vod.fr//index.php/tag/science.html">science</a> et la <a href="http://www.universcience-vod.fr//index.php/tag/technologie.html">technologie</a> peuvent-elles contribuer au <a href="http://www.universcience-vod.fr//index.php/tag/developpement.html">d&eacute;veloppement</a> de l' <a href="http://www.universcience-vod.fr//index.php/tag/afrique.html">Afrique</a> ? Avec les journalistes Christophe Mvondo, <em>La Nouvelle Expression</em> ( <a href="http://www.universcience-vod.fr//index.php/tag/cameroun.html">Cameroun</a> ), India Abdramane Mahaman, Office de la radio TV (Niger), Godefroy Chabi, Radio nationale ( <a href="http://www.universcience-vod.fr//index.php/tag/benin.html">B&eacute;nin</a> ) et David Ya Koffi, <em>Fraternit&eacute; Matin </em>(C&ocirc;te d'Ivoire).</p> <p>&nbsp;</p> </div>

 

Traditions et modernité : gare aux formules !
Le Musée virtuel des Arts et Traditions du Gabon

À l'image de ce Musée virtuel des Arts et Traditions du Gabon – où Internet et le multimédia nous font découvrir une collection d'objets anciens (masques, statuettes, parures, instruments de musique…) témoins du lien à des rituels ou au culte des ancêtres –, la modernité saura-t-elle se marier avec les traditions séculaires ? De la polygamie à l'émancipation des femmes, du sacré et de la magie à la médecine moderne, de la solidarité si forte des familles élargies à l'individualisme souvent outrancier du modèle urbain occidental… la liste est longue des frictions observées dans l'Afrique en construction aujourd'hui.

Le rôle crucial des historiens
Retrouvé dans la vallée du Rift, ce crâne appartient à un enfant australopithèque…

Alors même que le berceau de l'humanité se trouve en Afrique – les paléoanthropologues continuent de fouiller la Vallée du Rift et le nord du Tchad à la recherche de nos origines – des pages entières de l'histoire africaine restent à écrire. Qu'il s'agisse du passé lointain (traites négrières, esclavage) ou récent (colonisation, décolonisation, guerres contemporaines), d'immenses zones d'ombre ou de vives controverses témoignent des carences de l'Histoire africaine. « Aussi longtemps que les lions n'auront pas leur historien, dit un proverbe africain, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur. »

Fuite, parfois retour, des cerveaux

Depuis 1990, ce sont au moins 20 000 personnes qualifiées (médecins, ingénieurs, chercheurs…) qui quittent l'Afrique chaque année pour l'Europe ou l'Amérique du Nord*. Résultat : cette région du monde doit faire face, par exemple, à un manque de personnel médical sans précédent qui met en péril l'existence même des services de santé nationaux.

Plus de filles à l’école !

Pour y remédier, l'OMS appelle donc les pays développés à ne plus recruter d'agents de santé originaires d'Afrique. Une restriction de la migration contraire, selon certains, aux valeurs fondamentales des droits de l'homme et de la liberté individuelle. Autre solution proposée : la mise en place de mesures incitatives (avantages fiscaux ou sociaux) par les gouvernements africains afin d'encourager les migrants à retourner chez eux. Mais compte tenu des grandes disparités Nord-Sud (niveau de vie, environnement professionnel, liberté d'expression…), d'aucuns proposent plutôt de favoriser les aller-retour multiples. Une « circulation des compétences »** qui pourrait être un catalyseur du développement de l'Afrique. Encore faudrait-il qu'au Nord, les politiques soient plus ouvertes en matière d'entrée et de sortie du territoire.

* Source : Unesco, dossier « Fuite des cerveaux : perdre ou gagner », janvier 2007. Les étudiants de l'enseignement supérieur originaires d'Afrique subsaharienne sont les plus mobiles au monde : 1 sur 16 part étudier à l'étranger. ** Initiative conjointe du gouvernement malien, de l'Unesco et du programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le projet TOKTEN (Tranfer of Knowledge Through Expatriate Nationals) permet à des experts maliens vivant à l'étranger d'effectuer des missions d'enseignement de courte durée.

Encore plus de migrations !
Une population très jeune

Marquées par le nomadisme, mais aussi par l'esclavage et la colonisation, les populations africaines ont migré de tous temps. Aujourd'hui, les migrations se font surtout à l'intérieur du continent, vers les pays les plus prospères. La Côte d'Ivoire est le pays qui accueille le plus de migrants : un quart de sa population est étrangère*.

Par ailleurs, le triplement de la population depuis 1960 s'est accompagné d'un flux migratoire allant des zones rurales vers les zones urbaines. En 2007, un tiers de la population subsaharienne habite en ville, contre un septième en 1960. La pauvreté rurale et des perspectives prometteuses en ville** contribuent à ces mouvements de population.

Les risques de la concentration urbaine

Les changements environnementaux et climatiques – désertification, sécheresse, aridité – ont également un impact non négligeable. Le Sahel connaît déjà des conditions plus chaudes et plus sèches avec des effets négatifs sur les récoltes. Avec le réchauffement de la planète, cette situation va s'aggraver au cours des prochaines décennies. Selon le Rapport 2007 du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, d'ici à 2020, 75 à 250 millions de personnes supplémentaires manqueront d'eau en Afrique. Il faut donc s'attendre à une accélération des déplacements de populations africaines au cours du XXIe siècle, au sein du continent et à l'extérieur (Europe, Amérique du Nord).

* Source : Fonds des Nations unies pour les études de population. ** Les villes promettent un plus haut niveau d'instruction, des revenus plus élevés, une meilleure santé. Sauf qu'aujourd'hui, face à la croissance démographique sans précédent de ces dernières décennies, les services de base sont rarement assurés.

La révolution réussie du téléphone portable

Alors qu'il a fallu trente ans pour développer de façon limitée le téléphone fixe en Afrique subsaharienne – les espaces ruraux continuent d'échapper aux réseaux téléphoniques, électriques et routiers –, trois années ont suffi pour une large diffusion de la téléphonie mobile.

L’Afrique sur le chemin du câblage

En 2006, il y avait 110 millions d'abonnés en Afrique subsaharienne*. Sans compter le nombre a priori très important (aucune estimation fiable n'est disponible) d'utilisateurs sans abonnement, avec cartes de prépaiement**. Si l'Afrique du Sud et le Nigeria arrivent largement en tête, avec respectivement 32 et 25 millions d'abonnés, une dizaine de pays comptent entre 1 et 6 millions d'abonnés***. Cet outil est particulièrement bien adapté au mode de vie africain, à sa tradition d'oralité et de mobilité.

Le téléphone portable répond donc à des usages sociaux déjà éprouvés. De plus, il permet de contourner les problèmes d'infrastructures liés à la téléphonie fixe et à l'électrification à domicile, le téléphone portable pouvant être rechargé sur une prise collective branchée, par exemple, sur un groupe électrogène. Reste que le développement futur de la téléphonie mobile est étroitement lié à l'extension de la couverture réseaux dans le monde rural et à la capacité des opérateurs à baisser leurs prix.

* Source : cabinet d'études Informa Telecoms & Media, au 30 septembre 2006.** En Afrique, 70% des utilisateurs de portables ont choisi un système sans abonnement, faisant appel à des cartes de prépaiement. Source : Annie Chéneau-Loquay, AFRI (2004), p.345-375. *** Il s'agit (dans l'ordre décroissant) des pays suivants : Kenya, Tanzanie, République démocratique du Congo, Ghana, Côte d'Ivoire, Soudan, Cameroun, Sénégal, Mozambique, Ouganda, Angola, Zambie, Mali.

Internet : luxe ou évidence ?
TIC à Dakar - un reportage de Jean-Christophe Monferran

Le développement d'Internet en Afrique reste très limité car il n'y a pas (ou très peu) d'ordinateurs et de connexions au réseau en dehors des grandes villes : le continent compte seulement 3% des internautes de la planète. L'usage principal est le courrier électronique qui permet, à moindre coût, de contourner les dysfonctionnements du courrier postal.

Pour des raisons économiques évidentes, une partie importante de la croissance du secteur informatique est alimentée par l'importation d'équipements usagés des pays riches. Pour les uns, c'est une façon de combler le « fossé numérique ». Pour les autres, on crée des « décharges numériques » : selon l'Association nigériane des revendeurs d'ordinateurs, 75% des équipements informatiques d'occasion importés ne sont pas réparables ni revendables.

Sur ce fond plutôt sombre, des projets parient malgré tout sur une diffusion massive de cette technologie au cours de la prochaine décennie : distribution d'un parc d'« ordinateurs à 100 dollars »* et création en Côte d'Ivoire de la plus grande cité informatique d'Afrique**. Au-delà des aspects techniques, un enjeu essentiel pour l'Afrique sera de produire elle-même des contenus accessibles sur le web.

* L'organisation à but non lucrative OLPC (One laptop per child) a mis au point un ordinateur portable à visée éducative vendu finalement 175 dollars. Sa fabrication à l'échelon industriel a démarré début 2007. Sept pays dont le Nigeria (pour l'Afrique subsaharienne) ont déjà passé commande. ** En mars 2007, la Côte d'Ivoire annonce la construction d'un « village des technologies » à Grand-Bassam, près d'Abidjan pour un coût d'environ 300 millions d'euros financé aux deux tiers par la Chine et l'Inde.

De la tontine au microcrédit
Le Crédit rural de Maférinya (Guinée)

Médiatisé grâce au prix Nobel de la paix 2006*, le microcrédit – qui consiste à prêter de modiques sommes d'argent à des personnes qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires classiques – se développe un peu partout dans le monde, et en particulier en Afrique subsaharienne où existait déjà la tontine**. Dans cette région du monde, près de 70% de la population active travaille dans le secteur informel (artisans, « travailleurs familiaux » dans le secteur agricole…).

* Muhammad Yunus, économiste et entrepreneur bangladais, a été récompensé pour avoir fondé en 1976 la première institution de microcrédit, baptisée Grameen. Le microcrédit a recours aux garanties communautaires plutôt qu'à l'hypothèque d'un bien réel. ** La tontine est une association amicale d'épargne et de crédit rotatif réunissant amis, voisins ou collègues. Chacun épargne et touche à la cagnotte amassée à tour de rôle. Les liens sociaux servent de contrôle pour la bonne marche du système.

« Objectifs du Millénaire » : rendez-vous en 2015
Diamants et perche du Nil au cinéma

En l'an 2000, à l'ONU, la quasi-totalité des chefs d'État et de gouvernement ont fait le voeu – pieux ? – d'un monde débarrassé de la faim, de l'extrême pauvreté, des grandes maladies… un monde où tous auraient enfin accès à l'éducation, à l'égalité entre les sexes, à l'eau potable… un monde où les partenaires privés et publics se donneraient la main pour construire une Terre qui saurait se développer « durablement ». Résultat : huit Objectifs du Millénaire pour le Développement à réaliser d'ici à 2015.

Au-delà de la déclaration d'intention, ces Objectifs sont encadrés de buts précis et d'indicateurs chiffrés permettant de mesurer l'état d'avancement, année après année, dans toutes les régions du monde. Depuis le début des années 90, des progrès ont été accomplis en Afrique subsaharienne dans différents domaines (accès aux traitements, scolarisation…).

Pour autant, la pauvreté n'a pas reculé : entre 1990 et 2002, le nombre d'Africains vivant avec moins d'un dollar par jour a même augmenté de 140 millions ! Certes, l'Afrique a besoin d'aide de la part des pays riches, mais elle a aussi besoin de solutions mises en oeuvre par les États africains eux-mêmes.

Les huit « Objectifs pour 2015 »*
• Réduire de moitié la faim dans le monde et le nombre de personnes dont le revenu est inférieur à un dollar par jour • Assurer l'éducation pour tous • Promouvoir l'égalité des sexes • Réduire des deux tiers la mortalité infantile • Réduire des trois quarts la mortalité maternelle périnatale • Faire reculer le sida, le paludisme et les autres maladies majeures • Diminuer de moitié le nombre de personnes n'ayant pas accès à l'eau potable et à l'assainissement • Mettre en place un partenariat mondial pour le développement. * En pprenant 1990 comme année de référence.